~ Mon journal ~

~ Mon journal ~
Cher journal,

Je viens de te trouver, en bas de mon immeuble. Tu traînais au sol, seul, sans propriétaire. Sans une tache d'encre.
Je ne sais pourquoi ni comment tu t'es retrouvé là, qui a bien pu vouloir se débarrasser d'un si précieux confident.
Mais ta couverture à la reliure de cuir rouge, tes pages blanches à peine cornées qui s'ouvrent à moi, salvatrices, comme les ailes du temps sur lesquelles je pourrais laisser une trace, sont comme un don inespéré pour moi.

Commençons par les présentations. Je m'appelle Enora Deverny, j'ai 17 ans, je suis en Terminale ES, j'habite dans une banlieue perdue loin de tout. Avec mes parents, un petit frère de 8 ans, et une cobaye grise qui s'appelle Perle. Je vais au lycée le plus proche, j'ai une meilleure amie, Calista, et quelques autres copines, et puis il y a Alec, le beau brun au fond de la classe, dont le sourire me fait fondre... Je suis comme toutes les adolescentes, ou presque. Parce que moi, je vais mal. Je m'engloutis dans mon mal.

Pour survivre, avoir une meilleure estime de soi, ne pas plonger dans la plus sombre des mélancolies, il faut se convaincre qu'on n'a rien de moins que les autres. Mais ce n'est pas facile quand, tout au fond, sans qu'on le veuille vraiment, une voix nous crie le contraire... Nous dit que les autres sont plus heureux... Mais peut-être que ce n'est qu'une façade. Comme moi. Peut-être qu'ils cachent leur mal-être par des sourires. Comme moi. Peut-être que le monde entier n'est fait que de masques et d'artifices.
Alors il ne reste plus qu'à dévoiler nos yeux emplis de larmes, nos visages blêmes et nos mains fébriles. Et à sombrer, sombrer. Pour ne plus jamais remonter.

Le 21.02.08.



(Je rappelle qu'il s'agit d'un journal fictif. ;) )



Image : ici. Merci !
Ce même blog parle de mon histoire ici. =)

# Posté le jeudi 21 février 2008 15:42

Modifié le dimanche 25 mai 2008 08:19

~ Pourquoi ? ~

~ Pourquoi ? ~
Cher journal,

Aujourd'hui, des nuages lourds de menaces s'amoncellent dans un ciel oppressant. Une atmosphère moite et sinistre emplit chaque centimètre cube de l'air que je tente de respirer. Alors je me réfugie au fond de moi pour y échapper, et je trouve exactement la même chose. Le temps orageux qui compresse mon coeur dans un étau et tourmente ma tête d'éclair aveuglants et de bourdonnements obsédants est le résumé exact de ce que je ressens.
A mesure que je sens ma plume glisser sur cette page lisse à la blancheur sereine, à mesure que je peux contempler mes pensées enfin extériorisées dans ces lignes bleutées, je sens une paix momentanée s'emparer de moi, salvatrice. Je flotte, à mi-chemin entre l'enfer dont je vibre à chaque instant et la sensation de légèreté que m'ouvrir à toi me procure.

Alors, je vais essayer d'expliquer pourquoi je vais si mal. Parce que je vis dans un monde si superficiel que ma tête semble prête à en exploser. On ne doit pas dévoiler nos sentiments sous peine d'être des rebuts de la société - ceux qui disent ce qu'ils pensent, ceux qui ont abandonné l'artifice qui convient si bien à tous. Tant d'hyprocrisie, si peu de possibles. Parce qu'il y a un véritable mal-être dans cette société. Tout est si gris, tout n'est que façades, et les façades sont désespérément... grises. Plus de couleurs, plus de sourires, plus qu'un perpétuel capharnaüm de solitude collective - parce qu'on est seuls au monde, même au coeur de la multitude. Parce qu'on ne prend plus le temps de s'écouter, de se regarder, de percevoir nos sentiments mutuels, parce qu'on ne prend plus le temps d'être ensemble, de vivre. Vivre pleinement. Parce que tout se résume à une perpétuelle partie de cache-cache - on se croise sans se voir, on se voile la face pour fuir la réalité, et on empêche soigneusement les autres de lire dans notre coeur. Parce que la routine nous tue, nous consume à petits feux, annihile nos pensées, fait de nous des machines, des robots obéissant servilement au système, et qu'on ne peut plus s'en échapper. Parce que, finalement, dans ce monde si libre et si empli de progrès, nous sommes des prisonniers, enchaînés que nous sommes dans notre sombre condition humaine.

Parce que j'aimerais tellement pouvoir sortir de chez moi en courant, sans me préoccuper une seule seconde de ce que penseront les autres, et trouver un champ immense, vert, s'étalant à perte de vue, et hurler à pleins poumons face à un ciel pur et lumineux, et me laisser tournoyer face au vent, bras écartés, laissant les rayons du soleil jouer dans mes cheveux. Et parce que je sais que c'est impossible. Qu'on en est tous réduits à rester à notre place, à jamais. Et même si on voulait en sortir, même si on y parvenait, on serait encore plus seuls. Désespérément seuls.

Le 22.02.08.

# Posté le vendredi 22 février 2008 11:10

Modifié le mercredi 12 mars 2008 15:49

~ ♫ The Black Souls ♫ ~

~ ♫ The Black Souls ♫ ~
Cher journal,

Je ne résiste pas à l'envie de venir remplir à nouveaux ces pages vides que tu m'offres. Je ne te cache pas que je me lasse souvent très vite, et que, peut-être, dans quelques mois, je t'aurai délaissé. Mais pour l'instant, tu m'es déjà devenu indispensable. Tu es déjà devenu mon secret - puisque personne ne soupçonne encore ton existence. Je pense que dorénavant je te rangerai dans l'une des boîtes à chaussures, sous mon armoire, où j'abandonne tous mes vieux dessins, mes poèmes griffonnés au hasard d'une feuille volante, mon courrier. Tu y seras en sécurité, personne ne te verra et je saurai toujours où te trouver.

Dans une heure, je filerai chez Candy, alias Candice, où je retrouverai les autres membres des Black Souls. Je t'explique : quelques amies et moi avons formé un groupe, Calista à la guitare basse, Marion au clavier, Candy à la batterie, et... moi au chant. Je te préviens tout de suite : je ne serais pas capable d'aligner une demi-strophe devant un public, simplement, entre copines, c'est beaucoup plus simple. En ce moment, on travaille la dernière chanson que nous avons composée, "Notre prison est un royaume" - le titre fait référence à un livre, mais les paroles n'ont aucun rapport avec l'histoire. Je te les copierai peut-être, un de ces jours.
Tu ne peux pas imaginer à quel point ces répétitions me transportent. Je vibre de musique, je me sens pousser des ailes, j'oublie tout pour quelques instants, je laisse ma voix éclater en harmonie avec les instruments. Et je ne connais rien de plus beau, de plus inébranlable que la puissance de la musique. Je sors toujours changée de chacune de nos répétitions.

Nous nous sommes souvent demandé si nous devions postuler pour un concours, une émission, un casting... Cette perspective nous effraie, car nous n'avons jamais joué en public, car nous avons peur d'être dépréciées. Mais elle nous fascine aussi, comme un fruit tentateur au bout d'une branche si proche...
L'année prochaine, avec l'université, nous nous verrons sans doute moins, alors si nous devons agir, c'est maintenant ou jamais. Mais la peur, l'incertitude, l'inconnu se liguent contre nous pour nous faire reculer. Alors, que faire ? Braver notre anxiété pour risquer la désillusion, ou continuer à rêver tout en risquant de passer à côté d'une merveilleuse opportunité ? Il me semble que seul l'avenir nous le dira... peut-être.

Le 22.02.08.

# Posté le vendredi 22 février 2008 11:49

Modifié le mercredi 12 mars 2008 15:49

~ Vacances ? ~

~ Vacances ? ~
Cher journal,

Aujourd'hui est le premier jour des vacances scolaires. Mais qu'importe ? La litanique succession de jours moroses, destinés à rester enfermée dans un lycée gris et morne où résonnent les voix entremêlées de professeurs fatigués, sera remplacée par une file de jours tout aussi moroses, où simplement j'aurai un peu plus de liberté.

Mais la liberté de quoi ? La liberté d'écrire entre tes pages tout ce qui rend mon existence pluvieuse, la liberté de me rebeller en silence, entre les murs de mon esprit, contre cette vie dont je ne peux rien changer, la liberté de peindre dans mon imaginaire un arc-en-ciel scintillant que la prochaine désillusion brisera en mille éclats ?
La liberté de m'accouder à ma fenêtre et de contempler le ciel encore lourd de menaces, de regarder les éclairs balafrer le mur de ma chambre, la pluie glacée inonder mon univers, et les grondements du tonnerre déchirer mon âme ? La liberté de rester enfouie des heures dans mon lit sans trouver le repos, me retournant sans cesse, les yeux clos, écoutant malgré moi les lugubres sifflements du vent hivernal entre les branches décharnées du vieux chêne sur lequel ouvre ma fenêtre, puis de sombrer dans un sommeil pénible et houleux peuplé d'obscurité ?
La liberté de ressasser mes pensées empoisonnées sans être distraite par les discours insipides des professeurs et les rires qui sonnent faux des autes élèves, la liberté d'errer dans les couloirs de ma conscience...

Vivent les vacances, vraiment. D'un autre côté, les répétitions des Black Souls se multiplieront.
Hier soir, nous avons presque atteint la perfection - j'entends par là que nous n'avons pas commis une seule fausse note, une seule minuscule erreur, que nous avons superbement ajusté tous les détails. Ne t'inquiète pas, je considère comme totalement impossible qu'un petit groupe de quatre ados rêveuses répétant dans un garage humide puissent atteindre cette perfection que nul n'a jamais ne serait-ce qu'effleurée.
Peu importe. Quel que soit l'avenir de notre groupe, la musique m'envole. Loin, si loin. Elle est mon échappatoire, la clef qui me laisse enfin m'évader quelques instants de ce quotidien pitoyable et étouffant.
Elle est mon âme.

Allons bon. Mes parents veulent absolument que j'aille aider mon petit frère à faire ses devoirs de mathématiques. Eh oui, à l'école primaire, ils terminent les cours plus tard qu'au lycée. Alors évidemment, il faut que je m'y colle. Avant de te laisser, laisse-moi te le présenter.
Prénom : Matteo. Âge : 8 ans. Profil au premier regard : angélique. Profession cachée : enquiquineur professionnel. Bref, le devoir - enfin, les devoirs de mon frère - m'appelle...

Le 23.02.08.

# Posté le samedi 23 février 2008 13:17

Modifié le mercredi 12 mars 2008 15:49

~ Rencontre ~

~ Rencontre ~
Cher journal,

Il m'est arrivé quelque chose d'absolument dingue. Quelque chose qui n'est censé se produire que dans les romans à l'eau de rose, tu sais, ces histoires écoeurantes où les coïncidences sont flagrantes.
Je rentrais d'une autre répétition des Black Souls, hier soir, quand, à deux rues de chez moi - mon sac devait être mal fermé - mon porte-vues bourré de partitions est tombé par terre au moment précis où un mec passait sur son scooter. J'ai voulu ramasser le classeur avant qu'il ne se fasse réduire en miettes, le conducteur a fait un écart, et son engin a fini sur le flanc, en plein milieu de la rue. Effrayée, je me suis précipitée. Il tentait d'enlever son casque avec précautions, et moi, dans un geste dérisoire, je serrais mon porte-vues contre moi, accroupie près du scooter maculé de boue, ne sachant que faire.

"Euh... ça va ?" ai-je risqué. Le gars s'est relevé péniblement, a balayé son blouson d'un revers de main pour chasser la terre et les taches humides qui s'étaient déposées sur le cuir, a achevé d'enlever son casque, a secoué doucement la tête, et a fini par me sourire en répondant "Oui, pas de problème, t'inquiète. J'ai juste dû m'écorcher un peu le genou." Je posai à peine les yeux sur la déchirure de son jean. Muette, je me relevai et restai plantée là, serrant toujours mes partitions contre ma poitrine. C'était Alec. Le beau brun qui est dans ma classe, qui s'assied toujours au fond, et qui a un sourire à tomber. Je restai pétrifiée. Pour ne pas avoir l'air trop idiote - que dis-je, pour ne pas m'enfoncer encore plus dans la honte et le ridicule - j'articulai :
"Oooh, je suis désolée... Excuse-moi, j'aurais pas dû essayer de ramasser mon classeur..." ma voix mourut dans ma gorge. Il s'était approché, le regard luisant de bienveillance, et avait posé sa main sur mon épaule. Mes jointures devaient être blanches à force de serrer ce fichu porte-vues.
"Rien de grave, je te dis... Enora, c'est ça ?"
J'acquiesçai silencieusement, bondissant intérieurement de joie à l'idée qu'il sache seulement qui j'étais. Je ne suis donc pas si invisible que je le crois...
"Bon, faut que j'y aille, à un de ces quatre ! On se reverra au bahut après les vacances, hein !
- Euuh... oui-oui."
Il redressa son scooter, et grimpa dessus. Ramassant son casque, il s'immobilisa.
"Hey, tu veux que je te raccompagne chez toi ?
- Euuh... non-non, ça va aller, merci."
J'esquissai un sourire crispé.
"Bon, tant pis. Allez, ciao !"
Il démarra le moteur. Et disparut à l'autre bout de la rue. Je restai figée là, comme une idiote, pendant quelques minutes interminables. Je finis par donner un coup de pied rageur contre le mur, tant j'avais été stupide de refuser qu'il me raccompagne. Un cri de douleur m'échappa, et je finis ma route toute frémissante.

Je sais, je ne suis qu'une sombre idiote. Mais que veux-tu ? Je n'ai rien de ces héroïnes de romans ou de ces princesses de contes de fées, qui comprennent immédiatement ce qui leur arrive et enfourchent le fougueux destrier de leur prince charmant. Moi, je suis juste une lycéenne paumée qui reste stupidement paralysée devant un gars de ma classe.
Peu m'importe. Mon coeur bat encore la chamade, et un timide rayon de soleil est venu percer l'obscur amoncellement de nuages qui étouffe mon esprit...

Le 28.02.08.



>>> Nyrhs : bon anniv en retard, alors ! =P

# Posté le jeudi 28 février 2008 13:11

Modifié le mercredi 02 avril 2008 09:43