Je viens de te trouver, en bas de mon immeuble. Tu traînais au sol, seul, sans propriétaire. Sans une tache d'encre.
Je ne sais pourquoi ni comment tu t'es retrouvé là, qui a bien pu vouloir se débarrasser d'un si précieux confident.
Mais ta couverture à la reliure de cuir rouge, tes pages blanches à peine cornées qui s'ouvrent à moi, salvatrices, comme les ailes du temps sur lesquelles je pourrais laisser une trace, sont comme un don inespéré pour moi.
Commençons par les présentations. Je m'appelle Enora Deverny, j'ai 17 ans, je suis en Terminale ES, j'habite dans une banlieue perdue loin de tout. Avec mes parents, un petit frère de 8 ans, et une cobaye grise qui s'appelle Perle. Je vais au lycée le plus proche, j'ai une meilleure amie, Calista, et quelques autres copines, et puis il y a Alec, le beau brun au fond de la classe, dont le sourire me fait fondre... Je suis comme toutes les adolescentes, ou presque. Parce que moi, je vais mal. Je m'engloutis dans mon mal.
Pour survivre, avoir une meilleure estime de soi, ne pas plonger dans la plus sombre des mélancolies, il faut se convaincre qu'on n'a rien de moins que les autres. Mais ce n'est pas facile quand, tout au fond, sans qu'on le veuille vraiment, une voix nous crie le contraire... Nous dit que les autres sont plus heureux... Mais peut-être que ce n'est qu'une façade. Comme moi. Peut-être qu'ils cachent leur mal-être par des sourires. Comme moi. Peut-être que le monde entier n'est fait que de masques et d'artifices.
Alors il ne reste plus qu'à dévoiler nos yeux emplis de larmes, nos visages blêmes et nos mains fébriles. Et à sombrer, sombrer. Pour ne plus jamais remonter.
(Je rappelle qu'il s'agit d'un journal fictif. ;) )